Les dénonciations de Wilner Étienne

By gabcito August 9, 2017 23:09

Entre la désillusion et le découragement, le directeur technique national, qui avait rendu hommage récemment à certains sportifs du pays, plaide pour un changement d’attitude dans la pratique du sport en Haïti. Il a, entre autres, commenté certains faits saillants de l’actualité : le silence du sénateur Patrice Dumont au Parlement haïtien, la menace que représente la Liga Dominicana, les Jeux de la Francophonie, la situation des Grenadiers et le championnat national.

Le Nouvelliste: Partagez-vous l’avis des gens disant que notre football, avec l’absence des Grenadiers pour une période de deux ans à l’échelle régionale et internationale, est en passe d’être supplantée par des petits pays de la zone ?

Wilner Étienne : Notre situation est vraiment lamentable globalement, et cela entrave toute bonne initiative pouvant nous permettre d’aligner de bons résultats comme font les Jamaïcains à titre d’exemple. Aujourd’hui, le football devient coûteux et exigeant. Tout résultat, peu importe le domaine, doit se préparer au préalable. En Haïti, le football est pris en otage comme beaucoup d’autres secteurs de la vie économique. Les clubs n’ont pas de ressources financières pour bien se développer et maintenir les joueurs en parfaite situation en vue d’avoir une quelconque performance agréable. Mon avis est simple : on ne peut pas prendre le football comme sujet à part dans la vie sociale haïtienne. Il faut surtout voir le pays globalement, et qu’est-ce qui est défini comme plan stratégique en tout ? Notre sport roi doit faire partie de tout ce que l’État veut définir pour mettre Haïti sur de bons rails. Dire que le football peut tout faire à lui seul, est une erreur grave en termes d’analyse pure.

LN : Que faire pour permettre à notre équipe nationale de se rattraper ?

WE : Le temps ne va pas nous attendre. Ne dit-on pas vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage ? C’est justement ça, le football. On ne doit jamais s’arrêter. Il faut continuer à travailler. Ce qu’on doit faire, c’est de lancer des jeunes. Il faut aussi réévaluer notre champ d’action sur la vision des choses. Il faut redéfinir notre championnat local. Il faut aussi redéfinir notre politique de sélections nationales. Il faut créer par ailleurs une autre façon de faire sur le plan du marketing pour pouvoir attirer de grands capitaux.

LN : Selon plus d’un, il faut éradiquer la gangrène que représente les joueurs expatriés pour aider Haïti à prendre sa vitesse de croisière. Pionnier dans le domaine, vous en direz quoi au juste ?

WE : Non, c’est une idée désagréable de penser à écarter des joueurs qui évoluent à l’étranger. C’est de la discrimination. Le problème n’est pas là. Ce qu’on doit faire, c’est de renforcer notre championnat national et de bien définir les lignes directrices quand les joueurs viennent en sélection nationale. Savez-vous que la sélection nationale appartient à tous les joueurs haïtiens, quel que soit l’endroit où ils se trouvent, pourvu qu’ils répondent aux critères établis.

LN : En Haïti, on parle de championnat professionnel. Pour certains, le terme est impropre et mal utilisé. Votre lecture là-dessus ?

WE : Moi, je n’ai jamais parlé de championnat professionnel. Ici, on est tout simplement amateur, et si on doit et veut relever le niveau, il faut changer d’attitude. Le concept de « professionnalisme » n’est pas seulement de l’argent.

LN : La Liga Dominicana, par sa structure, est, selon l’avis des observateurs, une menace pour notre championnat national. Qu’est-ce qui nous empêche de placer la barre à un niveau élevé ?

WE : Le championnat dominicain fait son bonheur avec nos expatriés. Là encore, il faut regarder leur pays (République dominicaine), l’importance qu’ils accordent au sport. Il faut aussi regarder comment les gens du privé et de l’État s’accrochent à l’avenir des jeunes de leur pays.

LN : Récemment, vous avez rendu hommage à certains sportifs du pays. Vous l’avez fait pourquoi et à quel titre ?

WE : Oui (rires…), en fait, durant la finale de la 12e édition de la coupe Comme Il Faut, j’ai profité pour honorer quelques personnalités qui ont marqué le football haïtien et la communauté tabaroise. C’est ainsi que monsieur Jean-Dany Pierre François qui n’est autre que père fondateur de la Comme Il Faut; Richard Blaise, actuel président de cette compagnie; Chrismonor Thélusma, ancien international; Necker Bellevue, dit Papa Neck, ancien entraîneur; tout le staff du comité de la Comme Il Faut et les deux entraîneurs finalistes; Philippe Toussaint, ancien joueur du Racing Club Haïtien; et Blan Ana, ancien joueur du Victory SC. Ces honneurs ont été faits par souci de rendre hommage de façon vivante à ces gens en guise de reconnaissance de leur travail dans le secteur sportif. Pour répondre plus promptement, je fais ce geste en qualité de citoyen de la commune de Tabarre et en tant que Directeur technique nationale (DTN) de la FHF.

LN : Vous avez les nouvelles du sénateur Pierre Paul Patrice Dumont, le représentant attitré du secteur sportif au Parlement ?

WE : Il est encore tôt de parler du travail du sénateur Dumont. En ce qui me concerne, j’attends encore pour voir. Je suis convaincu qu’il est compétent et capable pour faire valoir les grandes idées, celles qui peuvent être utiles pour orienter le sport vers un nouvel horizon.

LE : Aux Jeux de la Francophonie, Haïti vient de faire une sortie discrète, zéro médaille de remporter. Cela explique quoi selon vous ?

WE : Pour les Jeux de la Francophonie, c’est toujours la même rengaine, les mêmes problèmes de la dernière minute. Toutes les disciplines sportives sont confrontées au même problème de moyens. J’ai été au courant de toutes les démarches avant le voyage des athlètes. C’est pourquoi, je t’ai dit que nous devons redéfinir notre attitude et notre façon de faire. Le sport n’est pas le fruit de l’improvisation, mais bien de la totale planification.

LN : Avant de clore cette entrevue, comment ça marche pour vous au sein de la direction technique nationale de la Fédération haïtienne de football (FHF) ?

WE : À la FHF ça marche à l’image du pays. On est confronté à des problèmes liés aux moyens financiers. Vous savez que la FIFA, dans sa nouvelle politique, a tout changé. En fait, même pour les cours cela devient vraiment difficile. Face à cette réalité, on ne va pas rester figé. On a entrepris, pour le moment, ce qui est à notre portée.

LN : Quel est votre mot final ?

WE : Je suis vraiment très inquiet pour le pays et pour la façon dont les gens fonctionnent. Je ne sens pas venir un quelconque déclic. Jusqu’ici, pas de plan stratégique. Les gens du secteur sont passifs. Pas de mobilisation pour avoir une loi sur le sport. Pas de sponsors réels pour le sport. Dans le budget national, pas d’enveloppe allouée au secteur sportif. Pas de financement pour les programmes sportifs, le développement du sport et la préparation de nos athlètes sur le long terme. Tout ceci me rend sceptique et m’emporte chaque jour vers le découragement et la désillusion totale.

Legupeterson Alexandre
lenouvelliste.com

By gabcito August 9, 2017 23:09
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